Écoute · 14 min · 2 septembre 2026
Le disque qui ne finit pas
Trente jours, un seul album, aucune autre écoute. Ce que l'obsession fait à l'oreille — et ce qu'elle abîme...
Au troisième jour, je connaissais l'ordre des morceaux. Au dixième, je connaissais les silences entre eux — leur longueur exacte, la manière dont l'un tombe un demi-temps trop tard. Au vingtième, l'album avait cessé d'être un objet : c'était devenu un couloir dans lequel je marchais tous les soirs à la même heure.
On répète souvent que la répétition tue le plaisir. C'est faux, mais c'est mal dit : elle tue la surprise, ce qui n'est pas la même chose. Ce qui reste ensuite est plus difficile à décrire — une familiarité qui laisse enfin de la place aux détails.
« Un disque écouté cent fois n'est plus de la musique. C'est un lieu. »
Le vingt-quatrième soir, la face B m'a paru mauvaise. Franchement mauvaise. Puis, le lendemain, elle était redevenue la meilleure chose de l'album. Rien n'avait changé sur le vinyle ; tout avait changé dans la pièce, la fatigue, l'heure.
CAPTATION · 4 MIN 02 · UNE SEULE PRISE
Au trentième jour, j'ai rangé le disque et mis autre chose. Le silence entre les deux albums a duré une minute environ, et c'est de cette minute que je me souviens le mieux.